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Agrippa d' Aubigné ( 1552-1630 )
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La Renaissance - Agrippa d' Aubigné - Du Bellay - Marot - Montaigne - Ronsard
De père calviniste , il a découvert la guerre civile avec horreur et l' a dépeint dans ce poème sous forme allégorique . Je veux peindre la France une mère affligée , Qui est , entre ses bras , de deux enfants chargée . Le plus fort , orgueilleux , empoigne les deux bouts Des tétins nourriciers ; puis , à force de coups D' ongles , de poings , de pieds , il brise le partage Dont nature donnait à son besson l' usage ; Ce voleur acharné , cet Esau malheureux , Fait dégât du doux lait qui doit nourrir les deux , Si que , pour arracher à son frère la vie , Il méprise la sienne et n' en a plus d' envie . Mais son Jacob , pressé d' avoir jeûné meshui , Ayant dompté longtemps en son coeur son ennui , A la fin se défend , et sa juste colère Rend à l' autre un combat dont le champ est la mère . Ni les soupirs ardents , les pitoyables cris , Ni les pleurs réchauffés ne calment leurs esprits ; Mais leur rage les guide et leur poison les trouble , Si bien que leur courroux par leurs coups se redouble . Leur conflit se rallume et fait si furieux Que d' un gauche malheur ils se crèvent les yeux . Cette femme éplorée , en sa douleur plus forte , Succombe à la douleur , mi-vivante , mi-morte ; Elle voit les mutins , tout déchirés , sanglants , Qui , ainsi que du coeur , des mains se vont cherchant . Quand , pressant à son sein d' une amour maternelle Celui qui a le droit et la juste querelle , Elle veut le sauver , l' autre , qui n' est pas las , Viole , en poursuivant , l' asile de ses bras . Adonc se perd le lait , le suc de sa poitrine ; Puis , aux derniers abois de sa proche ruine , Elle dit : " Vous avez , félons , ensanglanté Le sein qui vous nourrit et qui vous a porté ; Or , vivez de venin , sanglante géniture , Je n' ai plus que du sang pour votre nourriture ! " I , Misères ( v. 97-130 )
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background par Lady Oh |
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