I - La femme d' aujourd' hui face au féminisme d' autrefois .

II - Vous avez dit : " acquis " ?

III- Le mécanisme du gommage .

IV - Et dans le monde du travail , aujourd' hui ?

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I - La femme d' aujourd' hui face au féminisme d' autrefois .

Quand les femmes se moquent des féministes d' autrefois , j' y vois plusieurs causes :

    Certaines veulent parler le même langage que les hommes " machos" car elles ont un complexe  d' infériorité et ont l ' impression de se grandir en parlant comme eux .

D' autres pensent que les femmes ont acquis tout ce à quoi elles avaient droit , à l' égal des hommes , et

  • l' idée du féminisme les blesse dans leur dignité en leur rappelant un passé qui nous la refusait  ( notre dignité ) .
  • Elles veulent oublier le temps de la " guerre des sexes" car elles en sont fatiguées , et ne rêvent plus que de bonne entente et de complicité avec les hommes d' aujourd' hui .

Je comprends les secondes et j' appartiendrais plutôt aux troisièmes . Mais je me refuse à dénigrer les féministes du passé : je ne cesse de répéter que ces femmes ont eu du courage et , qu' en cherchant à obtenir leurs droits et leur dignité , elles m' ont offert les miennes , elles nous ont offert les nôtres , à nous femmes d' aujourd' hui , et que la reconnaissance est une belle chose . En général cela fait cesser les moqueries .

Souvent , les jours de vote , j' ai une pensée reconnaissante et admirative pour ces femmes qui se sont enchaînées à des grilles pour obtenir , non pas notre droit de vote ( nous l' avons de par notre qualité d' êtres humains ) , mais la reconnaissance de notre droit de vote , face à des hommes politiques qui les invitaient  ... " à aller laver des chaussettes ".

II - Vous avez dit : " acquis " ?

Certes la guerre des sexes est du passé et je m' en réjouis .

Mais l' histoire nous a prouvé maintes fois qu' elle n' est pas totalement linéaire , et que , si elle semble aller toujours dans le sens du progrès , ce n' est pas sans parfois de cruelles régressions : allez demander aux femmes d' Algérie , d' Iran , d' Afghanistan , qui hier encore faisaient des études , occupaient parfois des postes importants , et que des mouvements veulent enfermer de nouveau au nom du retour aux traditions d' antan !

Ne croyons pas qu' en occident nos régimes démocratiques nous mettent à l' abri ; l' Allemagne livrée au nazisme , c' est à notre époque , c' est chez nous . Nous savons depuis que nul pays n' est à l' abri des horreurs à cause de ses lois , de sa démocratie .

Il y a moins de vingt ans , j' ai fréquenté pendant un an une église pentecôtiste : le pasteur , qui devait avoir peur des femmes , enseignait que tout ce qui allait mal dans la société était imputable aux femmes " sous l' emprise de Satan " ! Par exemple : la violence des adolescents venait uniquement de ce que les femmes ne veulent plus rester à leur place à la maison et vont travailler ; et donc elles ne s' occupent plus de l' éducation des enfants . Que la violence touche d' abord les milieux défavorisés n' évoquait pas pour lui de causes sociales liées au chômage , à l' horizon bouché pour ces jeunes ou au racisme ; que la télévision , le cinéma montrent un taux élevé de films violents ne lui suggérait pas davantage l' idée d' un lien de cause à effet ; non , les femmes seules étaient incriminées , les hommes eux ne l' étaient jamais en rien , bien que les violences dans le monde soient essentiellement commises par eux !

De même il regrettait que les femmes votent car , disait-il , "soit elles votent pour le plus beau ( sic ) soit elles votent comme leurs maris ( re-sic )" ; ce jour-là il s' était fait huer par l' assemblée . Mais , comme il était par ailleurs un homme très charismatique , passionné et passionnant , à l' art oratoire certain , et dont la foi obtenait des miracles , il inspirait un amour et une admiration sans bornes à une assemblée croissant sans cesse . Imaginez ce que cela représenterait de danger pour nous si de tels hommes avaient le pouvoir !

C' est pourquoi il faut rester vigilants .

III- Le mécanisme du gommage .

Dès que les femmes réussissent à exceller en quelque chose , cela dérange les "machos"; ne pouvant empêcher ces femmes d' oeuvrer , ils tentent de les occulter par le silence , le gommage .

Souvenez-vous :

  • Dans le domaine de la peinture : dans les livres d' histoire de l' art on vous parle de monsieur Fantin-Latour mais jamais de madame ; pourtant elle était peintre comme lui et ses oeuvres figurent au musée de peinture de Grenoble à coté de celles de son époux . De même pourquoi la seule femme autorisée à figurer dans un livre sur l' impressionnisme est Berthe Morisot ? parce qu' elle peignait des enfants , domaine réservé aux femmes ? elle n' était pas seule pourtant ! où sont passées les autres , dans quelles oubliettes ?
  • Dans le domaine sportif , vous souvenez-vous d' un certain tour de France où l' on s' obstinait à suivre des jours entiers un cycliste qui ne parvenait jamais à gagner une étape , et chaque jour on lui trouvait une excuse , un problème , une maladie ? Dans le même temps Jeannie Longo gagnait toutes les étapes du tour féminin , et n' avait droit qu' à un entrefilet laconique au journal du soir , le plus souvent sans une image . Après quoi on décida de supprimer le tour de France féminin , purement et simplement . C' est cette année-là que j' ai réalisé que le machisme n' était pas mort ! et de la part de journalistes en plus , hommes censés cultivés !
  • vous pouvez vous demander si les hommes ont appliqué cette méthode à tous les domaines : la réponse est presque toujours oui .
  • Une femme a même écrit une histoire des femmes pour ramener à la lumière toutes les inconnues de génie occultées par la culture masculine qu' on nous enseigne .

Après cela les hommes ont beau jeu de dire : les plus grands couturiers sont des hommes , les plus grands cuisiniers sont des hommes , etc ... évidement , puisqu' on gomme les femmes , on ne les connaît pas .

IV - Et dans le monde du travail , aujourd' hui ?

Actuellement pratiquement tous les métiers sont accessibles aux femmes , au moins devant la loi . Pratiquement , car , si l' on a vu des femmes chef d' état ou premier ministre , ce n' est jamais  dans notre beau et " évolué " pays de France .

Aujourd' hui on ne peut plus refuser un emploi à une femme pour son sexe . Alors les hommes emploient , au niveau du langage , leur technique du gommage , pour effacer la féminité du monde du travail : non seulement personne ne s' empresse de créer une appellation féminine là où elle manque , mais , ce qui est plus grave , lorsqu' un mot existe en français au féminin ils emploient le mot au masculin .

Ainsi on dit d' une femme PDG : " président directeur général" , alors que les mots " présidente directrice générale" existent .

Certaines femmes , ne voyant pas l' effet négatif de ce gommage , vont dans le même sens . Un jour , à la télévision , une dame à qui l' on demandait : " doit-on vous appeler pharmacien ou pharmacienne ? " avait répondu : " pharmacien , car pharmacienne , c' est la femme du pharmacien , et elle n' a pas le diplôme " . Cette dame était mariée . J' aurais voulu pouvoir lui demander s' il fallait appeler son mari pharmacienne , pour aller au bout de ce raisonnement !

Non , la femme du pharmacien n' est pas pharmacienne de part son mariage si elle n' a pas le diplôme , et si la tradition l' a nommée ainsi , par habitude sympathique , cette tradition devrait disparaître maintenant que les femmes ont leurs métiers propres .

Femmes francophones , ne vous laissez pas masculiniser , ne laissez pas gommer votre sexe . Faites de la résistance passive en parlant toujours de vous au féminin et même en inventant des mots féminins là où ils n' existent pas encore .

Pourquoi pompière serait-il plus ridicule que mercière ? ou moins noble que pompier ?

Pourquoi ne seriez-vous pas marine ? parce qu' il y a déjà deux autres sens à marine ? et bien , cela fera trois ! En français , des tas de mots ont plusieurs sens !

Le mot n' existe que comme adjectif ? créons-le comme nom !

Laissez rire les autres .

Quand toutes les femmes oseront parler d' elles au féminin , c' est là , et là seulement , qu' elles auront surmonté leur complexe d' infériorité .

Et alors les hommes suivront .

Une langue qui manque de mots est une langue pauvre ; enrichissons-là . Une langue vivante est une langue qui évolue . Le dictionnaire suit la pratique , et non seulement l' inverse . Et puisque ces vénérables messieurs qui révisent le dictionnaire , acceptent d' y introduire du français familier , voire de l' argot , ils pourraient bien y introduire des mots français féminins !

Et , quand on utilise des mots invariables , au moins utilisons l' article au féminin : on dit bien une fleuriste , une artiste ; à qui cela écorche-t-il la langue de dire la ministre au lieu de le ministre ?

  © Joëlle Barn 2000 .

          merci ,Dannie !

et si ça vous dit voici un lien vers la " soeurité ":

 

Sisterhood logo ( français traduit par logiciel :-))))))   )