Laissée sur le bord ...

Enfant je me suis sentie mal-aimée ,

Mouton noir rejeté .

Je pensais " plus tard j' aurai une famille à moi ! "

Je ne savais pas qu' un mari

Est souvent d' alcool pris ,

Que je subirais plus de violence

Que de tendre romance .

Quand j' ai craint même pour mes bébés ,

Mes agneaux , j' ai paniqué :

Je me suis enfuie , les petits sous les bras

Alors je n' imaginais pas

Ce que j' allais endurer

Pour les faire manger :

Privations , travail acharné ,

Humiliations et bec cloué .

Je me disais " plus tard je serai choyée

Quand je serai vieille et fatiguée ! "

Mais les enfants ont trop à faire

La maison les vacances le travail le repos ,

Leurs enfants leurs animaux leurs autos ,

Ils sont des paniers percés :

C' est encore moi qui les aidais .

Puis je suis tombée malade , d' un mal qui dure et évolue .

Chaque jour m' a privée de quelque chose de plus :

Adieu Amour je t' espérais ,

Même en retard , même imparfait ,

Mais pour moi tu n' es point venu .

Adieu mes jambes , adieu l' indépendance

Plus jamais je n' esquisserai de pas de dance !

Que de deuils j' ai fait !

Ah que j' aimerais pouvoir encore me débrouiller !

Mais de tous je dépends ...

Je me disais " plus tard je serai choyée

Quand je serai vieille et fatiguée ! "

Quand je n' ai plus pu travailler ,

Ni un radis ni une salade

Ils ne m' ont jamais rien donné .

J' ai continué de me priver pour leurs Noëls leurs fêtes

Eux ? ils n' ont rien pour moi , mais pour leurs amis : oui .

Que ne suis-je leurs chiens , j' aurais droit à l' agility !

Aujourd' hui qui se soucie

De mes besoins , de mes envies ?

Quand j' exprime une envie ils la balayent :

" tu n' as pas besoin de ça !

tu n' es pas capable ! "

Ils cassent mes aîles , ils m' enfoncent ,

M' empêchent même de rêver .

Jamais je n' ose demander ,

sûre qu' ils vont refuser .

Moi qui ai travaillé ma vie entière ,

Je n' ai plus droit de décider de ce que je veux pour moi !

Déjà on me suggère qu' un centre me conviendrait ,

Pourtant ils savent que cela me tuerait !

Ne plus être chez moi , perdre mes animaux ,

Etre un numéro , dans un lit pour tout univers !

Pourtant ils savent que cela m' épouvante !

J' en suis à cacher ce qui va de travers ,

Et tant pis si je suis moins soignée .

J' en suis à penser d' abord à me protéger

Quand j' aurais tant besoin d' être encouragée .

J' en suis à me demander si j' existe encore ?

Et qui m' a aimée ?

Je vois la vie qui fuit à la vitesse grand V ,

La vie pour les autres au-dehors et sans moi .

Le bonheur est caché , l' espoir catapulté

Je suis laissée sur le bord de la route .

 *

texte écrit en pensant à ceux qui ont tout donné leur vie durant ,

et qui se retrouvent dans cette situation terrible

                     © JoelleBarn , 25/06/2002 .