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Lamartine ( 1790 - 1867 )
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Baudelaire - Chateaubriand - Victor HUGO : l' homme et l' oeuvre ; Les contemplations - Lamartine Le Lac Il s'agit du lac du Bourget , et de Julie , malade et bientôt mourante . Le poème est extrait des " Méditations poétiques " .
Ainsi , toujours poussés vers de nouveaux rivages , Dans la nuit éternelle emportés sans retour , Ne pourrons-nous jamais sur l' océan des âges Jeter l' ancre un seul jour ?
O lac ! l' année à peine a fini sa carrière , Et près des flots chéris qu' elle devait revoir , Regarde ! Je viens seul m' asseoir sur cette pierre Où tu la vis s' asseoir !
Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes ; Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés ; Ainsi le vent jetait l' écume de tes ondes Sur ses pieds adorés .
Un soir , t' en souvient-il ? nous voguions en silence ; On n' entendait au loin , sur l' onde et sous les cieux , Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence Tes flots harmonieux .
Tout à coup des accents inconnus à la terre Du rivage charmé frappèrent les échos ; Le flot fut attentif , et la voix qui m' est chère Laissa tomber ces mots :
" O temps , suspends ton vol ! et vous heures propices , Suspendez votre cours ! Laissez-nous savourer les rapides délices Des plus beaux de nos jours !
" Assez de malheureux ici-bas vous implorent : Coulez , coulez pour eux ; Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ; Oubliez les heureux .
" Mais je demande en vain quelques moments encore , Le temps m' échappe et fuit ; Je dis à cette nuit : " Soit plus lente " ; et l' aurore Va dissiper la nuit .
" Aimons donc , aimons donc ! de l' heure fugitive , Hâtons-nous , jouissons ! L' homme n' a point de port , le temps n' a point de rive ; Il coule , et nous passons ! "
Temps jaloux , se peut-il que ces moments d' ivresse , Où l' amour à longs flots nous verse le bonheur , S' envolent loin de nous de la même vitesse Que les jours de malheur ?
Hé quoi ! n' en pourrons-nous fixer au moins la trace ? Quoi ! passés pour jamais ? quoi ! tout entiers perdus ? Ce temps qui les donna , ce temps qui les efface , Ne nous les rendra plus ?
Eternité , néant , passé , sombres abîmes , Que faites-vous des jours que vous engloutissez ? Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes Que vous nous ravissez ?
O lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure ! Vous que le temps épargne ou qu' il peut rajeunir , Gardez de cette nuit , gardez , belle nature , Au moins le souvenir !
Qu' il soit dans ton repos , qu' il soit dans tes orages , Beau lac , et dans l' aspect de tes riants coteaux , Et dans ces noirs sapins , et dans ces rocs sauvages Qui pendent sur tes eaux !
Qu' il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe , Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés , Dans l' astre au front d' argent qui blanchit ta surface De ses molles clartés !
Que le vent qui gémit , le roseau qui soupire , Que les parfums légers de ton air embaumé , Que tout ce qu' on entend , l' on voit ou l' on respire , Tout dise : " Ils ont aimé ! "
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