La pluie .

 

  J' ai au coeur un souvenir : j' étais petite . On revenait de chez ma grand-mère par les quais , derrière le tribunal . La pluie nous surprit là .D' abord il y eut les premières gouttes , larges , qui s' écrasent hésitantes . J' ai tant aimé l' odeur de poussière mouillée qu' elles soulevèrent des vieux trottoirs , que je la sens encore aujourd' hui en pensée .

  A l' intersaison , la pluie dure parfois des jours et des jours ... C' est une pluie douce et silencieuse , sage et droite , un peu mélancolique . Le ciel est gris et lourd , posé sur les trois montagnes alentour comme un couvercle sur une marmite . Et nous , au fond , on stagne dans l' humidité morose qui semble devoir durer toujours .

  Ah ! la jolie averse de printemps , fine et riante à travers le soleil ! Elle ne fait que passer , fait des claquettes , débarbouille les rameaux clairs et réveille des parfums de terre mouillée . Parfois elle se fait complice de la brise légère , et joue avec elle à " volent pétales" . Elle danse sur mes yeux et me fait rire . Parfois elle se déguise en giboulée et dit : " C' est carnaval pour moi aussi ! " . Que disait le poème appris en classe ?...

" Che dice la pioggerellina di marzo ,

che picchia , argentina , sui tegoli vecchi del tetto ,

sui bruscoli secchi del horto ,

sul fico e sul moro ? ...

dice ...

Que dit la petite pluie de mars ,

qui tinte , cristalline , sur les vieilles tuiles du toit ,

sur les broussailles sèches du potager ,

sur le figuier et sur le mûrier ,

elle dit ... ( j' ai oublié la suite )

  Les jours lourds de chaleur , elle se fait avare , à peine arrivée et déjà finie . C' est elle que j' imagine , au front de Verlaine ( ou Rimbaud ? ) , " comme un vin de vigueur " .

  Ou bien elle devient violente , drue , et gicle à gros bouillons , transformant les rues en mares . Souvent le vent la couche . Et gronde le tonnerre , et craquent les éclairs à grand fracas , comme si les montagnes se fendaient et menaçaient de nous rouler sur la tête . Là , plus d' odeurs , et plus de flâneries ; juste une course effrénée , les jambes trempées , les passants accrochés à leurs parapluies retournés ou tordus ; alors , seule la pensée d' une estampe d' Hiroshige me la rend moins détestable !

                                                                            © JoelleBarn . 02/2000 .

     l' estampe d' Hiroshige .

 

background trouve chez Aprildawn . merci !