Le mal-être

ou le besoin d' être aimé à tout prix

Aimez , aimez vos enfants !

N' ayez jamais de ces retenues sévères

Qui vous privent de vous exprimer ,

De leur montrer votre amour :

Un enfant qui se croit mal aimé

Est capable de tous les désespoirs ,

De toutes les bêtises pour attirer votre attention !

Celui-ci cassera votre potiche de prix ,

Mais cet autre se blessera lui-même ,

Au risque de se mutiler ou de se tuer !

Et vous , vous ne comprendrez rien ,

Et vous aurez des humeurs contre l' enfant pénible ,

Et l' enfant se croira mouton noir ,

Là où il n' est qu' incompris !

*

Amants , époux , aimez vos conjoints !

Ne prenez pas de ces tristes habitudes

Qui portent vos regards plus souvent à côté

Que sur l' être aimé : ne pensez pas

Qu' il leur suffit de savoir être aimés

Quand ils crèvent dans l' attente de le voir manifesté !

Ne leur donnez pas l' impression

De compter moins qu' un meuble ,

Moins que le journal , ou la télé !

Dites-leur que vous les aimez : ils le savent !

Mais ils ont tellement besoin de l' entendre !

Sinon ils pourraient bien vous tromper ,

Et ça ce n' est rien ; car ils pourraient aussi

Tenter de mettre fin à leur vie !

Il y en a même qui s' inventent une autre identité ,

Persuadés qu' ils sont de n' être point aimables ,

Afin de pouvoir être aimés par personnage interposé !

*

Et toi , si tu es de ceux qui n' ont jamais senti

La chaleur de l' amour planer sur leur tête ,

Si tu as passé ta vie à te cacher derrière un masque ,

Si l' idée d' être aimé t' épouvante ,

Car tu as l' habitude de donner sans rien recevoir ,

Si l' amour que l' autre t' offre te panique ,

Penses que l' autre t' offre ce dont il a besoin ,

Et toi , offres-lui ! ça , ça ne t' effraie pas .

Si tu as si peur d' être aimé , toi qui a tout fait pour l' être ,

C' est parce que tu as très peur de te réveiller

D' un trop beau rêve ou d' un mirage ,

Et que tout soit évanoui , que tu ne puisses l' attraper .

Pourtant quand le vent caresse ton visage ,

Tu sais fermer les yeux et t' offrir à lui ;

Si tu savais la douceur de te laisser aller !

Tu crierais :" ouiiiiiii , je prends ! "

Et tu serais libéré !

                                                   ©  Joëlle Barn , 23/08/2000.

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