Marot ( 1496-1544 )
La Renaissance - Agrippa d' Aubigné - Du Bellay - Marot - Montaigne - Ronsard
Plusieurs fois emprisonné , pour avoir mangé du lard un jour de carême , puis pour avoir tenté de délivrer un prisonnier , Marot plaide sa cause auprès du roi , avec beaucoup d' humour :
Roi des Français , plein de toutes bontés .
Quinze jours a , je les ai bien comptés ,
Et dès demain seront justement seize ,
Que je fus fait confrère au diocèse
De Saint-Mary , en l' église Saint-Pris .
Si vous dirai comment je fus surpris ,
Et me déplaît qu' il faut que je le die .
Trois grands pendards vinrent à l' étourdie
En ce palais me dire en désarroi :
" Nous vous faisons prisonnier , par le Roi ."
Incontinent , qui fut bien étonné ?
Ce fut Marot , plus que s' il eût tonné .
Puis m' ont montré un parchemin écrit ,
Où n' y avait seul mot de Jésus-Christ :
Il ne parlait tout que de plaiderie ,
De conseillers et d' emprisonnerie .
" Vous souvient-il , ce me dirent-ils lors ,
Que vous étiez l' autre jour là-dehors ,
Qu' on recourut ( délivra ) un certain prisonnier
Entre nos mains ? " Et moi de le nier !
Car , soyez sûr , si j' eusse dit oui ,
Que le plus sourd d' entre eux m' eût bien ouï
Et d' autre part , j' eusse publiquement
Eté menteur : car , pourquoi et comment
Eussé-je pu un autre recourir ,
Quand je n' ai su moi-même secourir ?
Pour faire court , je ne sus tant prêcher
Que ces paillards me voulsissent ( voulussent ) lâcher .
Sur mes deux bras ils ont la main posée ,
Et m' ont mené ainsi qu' une épousée ,
Non pas ainsi , mais plus roide un petit .
Et toutefois j' ai plus grand appétit
De pardonner à leur folle fureur
Qu' à celle-là de mon beau procureur :
Que male mort les deux jambes lui casse !
Il a bien pris de moi une bécasse ,
Une perdrix , et un levraut aussi ,Et toutefois je suis encore ici !
Encor je crois , si j' en envoyais plus ,
qu' il le prendrait ; car ils ont tant de glus
Dedans leurs mains , ces faiseurs de pipée ( chasse des oiseaux avec de la glu ) ,
Que toute chose où touchent est grippée ( saisie ) .
Mais pour venir au point de ma sortie ,
Tant doucement j' ai chanté ma partie
Que nous avons bien accordé ensemble ,
Si que n' ai plus affaire , ce me semble ,
Sinon à vous . La partie est bien forte :
Mais le droit point où je me réconforte ,
Vous n' entendez procès non plus que moi .
Ne plaidons point ; ce n' est que tout émoi .
Je vous en crois , si je vous ai méfait .
Encor posé le cas ou je l' eusse fait ,
Au pis aller n' y cherrait qu' une amende :
Prenez le cas que je la vous demande ;
Et si plaideurs furent onc étonnés
Mieux que ceux-ci , je veux qu' on me délivre ,
Et que soudain en ma place on les livre .
Si vous suppli , Sire , mander par lettre
Qu' en liberté vos gens me veuillent mettre ;
Et si j' en sors , j' espère qu' à grand peine
M' y reverront , si on ne m' y ramène .
Très humblement requérant votre grâce
De pardonner à ma trop grande audace
D' avoir empris ce sot écrit vous faire ;
Et m' excusez , si pour le mien affaire
Je ne suis point vers vous allé parler :
Je n' ai pas eu le loisir d' y aller .
Marot .
background : Lady Oh : thanks !