Mon père et les animaux

J ' ai longtemps apprécié une qualité chez mon père : il aimait les animaux . Il nous a raconté cette partie de chasse à courre qui l' avait rendu malade , losqu' il avait vu la biche blessée : il affirmait avoir vu des larmes couler de ses yeux . Jamais plus il n' avait voulu entendre parler de chasse .

Notre premier logement , celui dans le centre ville , était au cinquième étage , tout près des greniers . L' hiver des oiseaux arrivaient à se faufiler sous le toit pour venir se réchauffer . Les greniers avaient des parois qui ne montaient pas jusqu' au toit plus haut . Souvent ils tombaient d' épuisement dans les greniers et seul leur battement d' ailes disait leur présence . Que de fois mon père a escaladé les portes de ces greniers pour aller chercher les oiseaux ! Il les ramenait à la maison , on les nourrissait de pain émietté et de lait , puis on les libérait . Un jour il ramena un pigeon à la patte cassée ; je le vois encore s' ingénier à lui fabriquer une attelle avec des allumettes et du coton .

Un jour , un camion plein de grenouilles vivantes en cagettes s' arrête près de son lieu de travail . Elles étaient destinées aux restaurants . L' une d' elle s' échappe et pénètre sur son lieu de travail . Il l' a récupérée , l' a amenée à la maison pour nous la montrer , et comme nous n' avions pas de voiture à ce moment , nous avons marché des kilomètres pour sortir de la ville et nous l' avons remise dans un ruisseau .

Quand ma soeur a eu si envie d' un chien qu' elle se l' est crée en esprit , et qu' elle lui parlait et tenait la laisse invisible , maman a eu peur et lui en a acheté un vrai . C' était une femelle et losqu' elle eu ses premières chaleurs , nous les femmes de la maison étions gênées et dégoûtées ; mais mon père pas du tout ; il disait " la pauvre , elle ne sait pas ce qui lui arrive " . Je le revois aussi dans cette ferme , accroupi auprès d' un chien renversé sur le dos ; il lui caresse le ventre et le chien se pisse dessus de plaisir . La soeur de mon père a été malade les six dernières années de sa vie , et souvent hospitalisée . Chaque fois c' est nous qui gardions sa chienne à la maison .

Losque j' ai eu Fanion j' avais toujours en tête que mon père aimait les animaux . Je l' ai amené une fois chez mes parents quand je venais d' aller le chercher . Puis maman a été hospitalisée et nous a quittés . Alors mon père a décrété qu' il ne voulait pas que j' amène Fanion chez lui , même tenu en laisse . Quand j' allais voir mon frère dans sa maison à la campagne avec Fanion , mon père y était souvent aussi . Chaque fois que Fanion s' en approchait , mon père criait qu' il ne voulait pas que Fanion l' approche . Un jour , Fanion qui restait toujours perplexe devant les réactions de mon père , eut l' idée de lui apporter un jouet ; mon père comprit et cria comme d' habitude en ajoutant " et pas la peine d' apporter un jouet , je ne veux pas que tu m' approches" ; j' en ai eu envie de pleurer pour mon pauvre petit Fanion au coeur tendre ; j' ai compris que son crime est d' être mon chien , plus tard , quand j' ai du finir par admettre que mon père ne m' aimait pas .

                                                       © JoelleBarn , 01/11/2001 .

graphismes JoelleBarn , avec une image de PrintMaster.