Réactions paradoxales dans la souffrance chronique

Peut-être avez-vous eu l' occasion de voir certaines personnes avoir face à certains soins , certaines douleurs , des réactions  qui d' après vous semblent excessives .

A l' hôpital on le voit fréquemment , et ce qui est triste , on voit fréquemment des médecins jeunes , en bonne santé eux-mêmes , ne comprenant pas le phénomène , et jugeant que ces personnes relèvent de la psychiatrie .

Pourtant il n' en est rien , il suffit d' en avoir expérimenté le mécanisme une fois dans sa chair pour le comprendre . Car il s' agit d' un mécanisme , normal et universel .

Imaginez que vous ayez une maladie très douloureuse ; vous allez la vivre avec difficulté , avec peur . Mais si vous en guérissez complètement , avec le temps ce souvenir atroce va s' estomper et presque disparaître .

Imaginez maintenant qu' il s' agisse d' une maladie chronique ou cyclique , avec des rémissions et des retours . Du jour où vous allez réaliser cela , vous allez voir se profiler devant vous les années à venir , toutes chargées de cette souffrance , et vous allez en être épouvantés à l' avance . Même pendant vos périodes de rémission vous ne pourrez pas l' oublier complètement . Alors imaginez ce que vous allez ressentir au retour de la douleur ! Ce que vous ressentirez ce ne sera pas seulement la douleur présente , mais aussi toutes celles du passé qui ressurgissent , et celles de l' avenir que vous redoutez ! et plus le temps passe , plus les phases douloureuses s' accumulent , plus vous avez les nerfs à vif , et c' est normal . Donc à chaque retour de la douleur vous risquez de réagir de plus en plus violemment et de plus en plus précocement parce que vous êtes de plus en plus meurtris , et donc de moins en moins résistants .

J' ai vu des gens ayant eu de longs parcours pour des maladies pénibles et graves , ayant subi des tas de traitements lourds et d' interventions chirurgicales autrement plus douloureux qu' une simple prise de sang , et se mettre à pleurer pour une prise de sang avant même qu' on les touche . Et je les ai vu gênés comme tout et expliquant qu' ils n' y peuvent rien , que c' est indépendant de leur volonté .

Et c' est vrai : c' est indépendant de leur volonté , eux-même ne comprennent pas leur réaction !

Dans ces moments , si vous manifestez que vous ne comprenez pas , si vous leur faites comprendre que vous trouvez qu' ils exagèrent , vous ne faites qu' augmenter leur gêne déjà grande . Et de toutes façons ils ne peuvent pas se contrôler , alors rien ne sert d' essayer d' obtenir cela .

La seule chose que vous pouvez faire c' est les aider en les soulageant de cette gêne .

Dites-leur que leur réaction est normale , que tous ceux dans leur cas réagissent de même , que vous à leur place vous feriez probablement pire ! expliquez-leur le mécanisme et dites-leur que leurs réactions sont normales et universelles . Prenez leur main , faites-leur un bisou même ...

Dites-leur de ne pas en être gênés et de se laisser aller sans crainte car vous comprenez tout . Et vous verrez un grand soulagement dans leur regard , car la peur d' être jugés est parfois aussi grande que la peur de la douleur , et qu' en parlant ainsi vous les libérez de la moitié de leur peine .

                                             © JoelleBarn , 13/12/2000 .

Joelle il me fait plaisir de vous dire que ce que vous écrivez est
super. Puis que voulez vous tous les gens qui ont du mal on besoin de
temps en temps d,aide. Moi j'ai fait 15 ans de bénévolat auprès des
personnes atteintent de cancer, si vous saviez comme je comprend la
souffrance..je lève mon chapeau à ces personnes qui savent vivre la fin
d'une vie d'une manière presque sublime, pour ça, que ce que j'ai de mal
n'est rien à comparer à eux..P.