mon
oreille est aux aguets
mon nez
lui-même est interpellé
qu'est-ce?
un
souffle , une brise ,
une
odeur de terre oubliée , muselée par le froid
et qui
vient maintenant de s' échapper ,
ou ce
" tit...tit..." entêtant qui longtemps s' était tû
et
annonce le printemps.
Oh ,
c'est encore l'hiver pour les yeux ,
mais
quand je t'entends , petite mésange ,
je sais
que le printemps est aux portes ,
et tout
mon être palpite de reconnaissance .
Et tout
à coup il est là , bondissant et riant ,
tout de
fraîcheur vêtu ,couleurs neuves et pures ,
éclat
des jaunes lumineux et des roses espiègles ,
verts
tendres et doux...
Tout
s'anime , tout est gai ,
tout
semble plein de sève vigoureuse ,
même
la pluie se fait plus fine et rit dans le soleil ,
à
moins que ce ne soit une giboulée , giclée de perles blanches ,
fugitives.
Les
fleurs se bousculent dans leur hâte de vivre ,
les
forsythias et les prunus ,les jonquilles et les primevères,
tous
les petits bulbes enfouis offrent quelque chose :
petites
fleurs fragiles et fugaces , sitôt venues sitôt fanées.
Puis
viennent les moins pressées , le lilas blanc et mauve ,
l'
hortensia et l' Azalée , la rose et le jasmin .
Les
oiseaux n'en peuvent plus de crier , de chanter .
Ils s'
affairent tout le jour , de trille en besogne ,
car
c'est le temps des amours et des nids .

Puis
vient l'été et sa chaleur , et mon corps dilaté , redressé ,
se
délecte des petites robes légères.
Oh! le
plaisir de sentir sa peau crépiter sous le soleil !
et le
parfum des foins aux fleurs mêlé !
Mais
bientôt la chaleur devient boa
et le
corps croule sous son étreinte.
C'est
le temps où je vais zigzagant d'ombre en ombre ,
sous le
couvert des arbres troués de taches lumineuses ,
soupirant
après la nuit , breuvage rafraîchissant .
Alors ,
quand les ombres du jour finissant s' allongent ,
j'installe
la chaise longue , et je rêvasse des heures durant ,
les
yeux levés vers la montagne qui rosit ...
Puis ,
quand le ciel bleu marine tout piqué d'étoiles
me
surprend dans mes songes ,
je
rentre à regret .
Fin
août : je n'en peux plus . Cette fournaise ne finira donc jamais ?
Même
les oiseaux se taisent , abrutis .
La
terre est sèche à faire pitié . Tout gémit en silence .

Alors
je languis l' automne revivifiant ,
la
nouvelle douceur de l'air , le deuxième printemps ,
car
alors les fleurs reviennent faire un dernier tour
avant
leur long sommeil .
Et ,
comme en accord avec lui , nous revivons nous aussi :
retour
des vacanciers , rentrée des classes ,
nouvelles
collections dans les vitrines .
La
ville vidée qui s'est tue tout l'été
retrouve
son brouhaha coutumier .
Oh ! la
beauté des arbres en automne !
tous
les ors et les bruns ,
les
cuivrés et les pourpres ,
mêlés
aux verts persistants ,
comme
un orchestre de couleurs dans la lumière des ciels réconciliés .
Comme
lorsque j'étais enfant , je continue ,
quand
je me crois seule ,
à traîner avec délices les pieds dans les feuilles mortes ,
ravie
de leur bruissement ,de leur odeur inimitable .
Vient
le temps des labours odorants ,
des
sillons fumants et sombres ,
où
s'attardent des brins de paille , accrochant la lumière .
Et les
premières brumes des matins frisquets !
les
paysages camouflés et changeants ,
puzzles
sans cesse défaits et reconstruits ,
captivent
mon oeil attendri .
Et le
cri des corbeaux planant sur leur royaume !
Mais
bientôt il ne reste que froidure sans beauté ,
ciels
gris et pluies glacées .
Je ne
suis bien que recroquevillée à l'abri et au chaud .
Alors
Noël approche à grands pas
et je
guette les premières neiges ,
souvenir
d' antan , souvenir d' enfance ;
et
quelle déception si elle n'est pas au rendez-vous à temps !
