Comment m' est venu le cafard hier au soir ?

subrepticement sans crier gare ...

Tout allait bien pourtant . Je me promenais .

Il faisait déjà nuit .L' air avait fraîchi .

Les bruits avaient cessé . Les oiseaux se taisaient .

On ne pouvait que deviner la vie

derrière les fenêtres éclairées .

Et je me suis mise à imaginer;

imaginer des mamans-sourires toutes douces

et des enfants sages pelotonnés contre elles ,

un petit animal dans les bras , et réclamant des histoires .

Alors j' ai eu envie de crier mon enfance perdue ,

ce rêve doré , maman disparue ;

et pourquoi je me retrouve là , seule dans le noir ,

quand la vie douce et tiède est là-bas ,

derrière les fenêtres qui projettent des pans de lumière jaune

sur les pelouses et les buissons ?

Je suis rentrée précipitamment chez moi

pour me retrouver dans mon nid familier .

Mais l' épine du cafard était plantée dans mon âme .

Rien ne me paraissait comme d' habitude .

Le silence était plus lourd , la lumière était plus terne .

Tout m' étreignait , le chagrin me pétrissait .

J' ai passé un film mais je n' ai pu le voir ,

mes paupières étaient lourdes de souvenirs .

J' ai tourné en rond , cherché je ne savais quoi .

Puis j' ai sombré dans un sommeil livide

où des coursiers sombres glissaient en silence

et s' évanouissaient dans l' obscurité .

Puis plus rien , le noir complet .

.

Ce matin , j' ai vu dans la rosée les sourires d' enfants

aux pleurs figés sur les joues .

Le soleil réveillait peu à peu mon esprit engourdi .

Mon oeil errait de brin d' herbe en branche fleurie .

La merlette faisait son marché dans les pelouses ,

la pie chassait à grands cris

une troupe de moineaux braillards de son peuplier .

Le soleil léchait de biais la falaise du Saint-Eynard ,

où s' attardaient dans les creux des ombres .

Le sol couvert d' aiguilles , sous trois sapins ,

 semblait une niche accueillante .

Le merle discourait au sommet d' un tilleul aux branches dégarnies .

Le son de sa voix s' insinuait dans mon âme et lui disait :

" viens , viens , regarde : c' est la vie , c' est la vie ici ! "

et tout était riant , et tout était paisible .

  © Joelle Barn ,16 avril 2000 .

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