Le XVIIe siecle - Boileau - Bossuet - Descartes - La Bruyère - La Fontaine - La Rochefoucauld - Mainard - Pascal - La préciosité - Mme de Sévigné - Molière - la tragédie avec Corneille et Racine -
trois grands auteurs : Molière ( comique ) - Corneille et Racine ( tragédies ) .
Toute sa vie Molière a voulu peindre la nature humaine : " Il faut peindre d' après nature . On veut que ces portraits ressemblent ; et vous n' avez rien fait , si vous n' y faites reconnaître les gens de votre siècle ."
3 siècles plus tard , tout le monde le connait et l'aime . Il a magnifiquement porté sur son époque un regard critique et savoureux .
Dans le même temps Corneille et Racine , eux , plus enclins à traiter de sujets classiques empruntés à la Grèce antique , ne sont guère connus ni aimés en dehors des milieux intellectuels , ce qui est une grande injustice , à cause de la richesse de leurs études psychologiques , et de la beauté de l' écriture , ce que je vais essayer de montrer .
de Molière , extraits de : - " Les Précieuses Ridicules "
- " Tartuffe "
- " Monsieur de Pourceaugnac "
page 2 :
| Molière ( 1622 - 1673 ) | ![]() |
extrait de :
| "Les Précieuses Ridicules " |
Pour mieux se moquer des Précieuses ( voir " la préciosité sur la page des autres auteurs du XVIIe siècle ) , Molière les met en scène , avec leurs idées et leur vocabulaire :
" GORGIBUS : Il est bien nécessaire vraiment de faire tant de dépense pour vous graisser le museau. Dites-moi un peu ce que vous avez fait à ces Messieurs, que je les vois sortir avec tant de froideur? Vous avois-je pas commandé de les recevoir comme des personnes que je voulois vous donner pour maris?
Le jugement de Molière est sans ambiguité :
" L'air précieux n'a pas seulement infecté Paris, il s'est aussi répandu dans les provinces, et nos donzelles ridicules en ont humé leur bonne part. En un mot, c'est un ambigu de précieuse et de coquette que leur personne."
| " Tartuffe " |
psychologie d' une fausse dévote :
" Il est vrai qu'elle vit en austère personne;
Mais l'âge dans son âme a mis ce zèle ardent,
Et l'on sait qu'elle est prude à son corps défendant.
Tant qu'elle a pu des coeurs attirer les hommages,
Elle a fort bien joui de tous ses avantages;
Mais, voyant de ses yeux tous les brillants baisser,
Au monde, qui la quitte, elle veut renoncer,
Et du voile pompeux d'une haute sagesse
De ses attraits usés déguise la foiblesse.
Ce sont là les retours des coquettes du temps.
Il leur est dur de voir déserter les galants.
Dans un tel abandon, leur sombre inquiétude
Ne voit d'autre recours que le métier de prude;
Et la sévérité de ces femmes de bien
Censure toute chose, et ne pardonne à rien;
Hautement d'un chacun elles blâment la vie,
Non point par charité, mais par un trait d'envie,
Qui ne sauroit souffrir qu'une autre ait les plaisirs
Dont le penchant de l'âge a sevré leurs désirs."
attitude du faut dévot Tartuffe , religieux de surcroît , lorsqu' il se voit observé :
" Tartuffe ( apercevant la servante Dorine ) :
Laurent, serrez ma haire avec ma discipline,
Et priez que toujours le Ciel vous illumine.
Si l'on vient pour me voir, je vais aux prisonniers
Des aumônes que j'ai partager les deniers.
Tartuffe à Dorine :
Dorine :
Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
Et la chair sur vos sens fait grande impression?
Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte:
Mais à convoiter, moi, je ne suis point si prompte,
Et je vous verrois nu du haut jusques en bas,
Que toute votre peau ne me tenteroit pas."
attitude du faux dévot Tartuffe en présence d' Elmire , l' épouse de son
hôte , qu'il souhaite pour maîtresse :
Tartuffe à Elmire :
Et lorsqu'on vient à voir vos célestes appas,
Un coeur se laisse prendre, et ne raisonne pas.
Je sais qu'un tel discours de moi paroît étrange;
Mais, Madame, après tout, je ne suis pas un ange;
Et si vous condamnez l'aveu que je vous fais,
Vous devez vous en prendre à vos charmants attraits.
Dès qu j'en vis briller la splendeur plus qu'humaine,
De mon intérieur vous fûtes souveraine;
De vos regards divins l'ineffable douceur
Força la résistance où s'obstinoit mon coeur;
Elle surmonta tout, jeûnes, prières, larmes,
Et tourna tous mes voeux du côté de vos charmes.
Mes yeux et mes soupirs vous l'ont dit mille fois,
Et pour mieux m'expliquer j'emploie ici la voix.
Que si vous contemplez d'une âme un peu bénigne
Les tribulations de votre esclave indigne,
S'il faut que vos bontés veuillent me consoler ...
... Et jusqu'à mon néant daignent se ravaler,
J'aurai toujours pour vous, ô suave merveille,
Une dévotion à nulle autre pareille.
Votre honneur avec moi ne court point de hasard,
Et n'a nulle disgrâce à craindre de ma part.
Tous ces galants de cour, dont les femmes sont folles,
Sont bruyants dans leurs faits et vains dans leurs paroles,
De leurs progrès sans cesse on les voit se targuer;
Ils n'ont point de faveurs qu'ils n'aillent divulguer,
Et leur langue indiscrète, en qui l'on se confie,
Déshonore l'autel où leur coeur sacrifie.
Mais les gens comme nous brûlent d'un feu discret,
Avec qui pour toujours on est sûr du secret:
Le soin que nous prenons de notre renommée
Répond de toute chose à la personne aimée,
Et c'est en nous qu'on trouve, acceptant notre coeur,
De l'amour sans scandale et du plaisir sans peur."
Dans la bouche de Cléante , Molière mets ses propres visions du faux et du
vrai dévot :
" Il est de faux dévots ainsi que de faux braves;
Et comme on ne voit pas qu'où l'honneur les conduit
Les vrais braves soient ceux qui font beaucoup de bruit,
Les bons et vrais dévots, qu'on doit suivre à la trace,
Ne sont pas ceux aussi qui font tant de grimace.
Hé quoi? vous ne ferez nulle distinction
Entre l'hypocrisie et la dévotion?
Vous les voulez traiter d'un semblable langage,
Et rendre même honneur au masque qu'au visage,
Égaler l'artifice à la sincérité,
Confondre l'apparence avec la vérité,
Estimer le fantôme autant que la personne,
Et la fausse monnaie à l'égal de la bonne;
Les hommes la plupart sont étrangement faits!
Dans la juste nature on ne les voit jamais;
La raison a pour eux des bornes trop petites;
En chaque caractère ils passent ses limites;
Et la plus noble chose, ils la gâtent souvent
Pour la vouloir outrer et pousser trop avant...
...Je ne suis point, mon frère, un docteur révéré,
Et le savoir chez moi n'est pas tout retiré.
Mais, en un mot, je sais, pour toute ma science,
Du faux avec le vrai faire la différence.
Et comme je ne vois nul genre de héros
Qui soient plus à priser que les parfaits dévots,
Aucune chose au monde et plus noble et plus belle
Que la sainte ferveur d'un véritable zèle,
Aussi ne vois-je rien qui soit plus odieux
Que le dehors plâtré d'un zèle spécieux,
Que ces francs charlatans, que ces dévots de place,
De qui la sacrilège et trompeuse grimace
Abuse impunément et se joue à leur gré
De ce qu'ont les mortels de plus saint et sacré,
Ces gens qui, par une âme à l'intérêt soumise,
Font de dévotion métier et marchandise,
Et veulent acheter crédit et dignités
A prix de faux clins d'yeux et d'élans affectés,
Ces gens, dis-je, qu'on voit d'une ardeur non commune
Par le chemin du Ciel courir à leur fortune,
Qui, brûlants et priants, demandent chaque jour,
Et prêchent la retraite au milieu de la cour,
Qui savent ajuster leur zèle avec leurs vices,
Sont prompts, vindicatifs, sans foi, pleins d'artifices,
Et pour perdre quelqu'un couvrent insolemment
De l'intérêt du Ciel leur fier ressentiment,
D'autant plus dangereux dans leur âpre colère,
Qu'ils prennent contre nous des armes qu'on révère,
Et que leur passion, dont on leur sait bon gré,
Veut nous assassiner avec un fer sacré.
De ce faux caractère on en voit trop paroître;
Mais les dévots de coeur sont aisés à connoître.
Notre siècle, mon frère, en expose à nos yeux
Qui peuvent nous servir d'exemples glorieux:
Regardez Ariston, regardez Périandre,
Oronte, Alcidamas, Polydore, Clitandre;
Ce titre par aucun ne leur est débattu;
Ce ne sont point du tout fanfarons de vertu;
On ne voit point en eux ce faste insupportable,
Et leur dévotion est humaine, est traitable;
Ils ne censurent point toutes nos actions:
Ils trouvent trop d'orgueil dans ces corrections;
Et laissant la fierté des paroles aux autres,
C'est par leurs actions qu'ils reprennent les nôtres.
L'apparence du mal a chez eux peu d'appui,
Et leur âme est portée à juger bien d'autrui.
Point de cabale en eux, point d'intrigues à suivre;
On les voit, pour tous soins, se mêler de bien vivre;
Jamais contre un pécheur ils n'ont d'acharnement;
Ils attachent leur haine au péché seulement,
Et ne veulent point prendre, avec un zèle extrême,
Les intérêts du Ciel plus qu'il ne veut lui-même.
Voilà mes gens, voilà comme il en faut user,
Voilà l'exemple enfin qu'il se faut proposer."
| " Monsieur de Pourceaugnac " |
un des thèmes chéris de Molière est la peinture des médecins de son siècle , dangereux ignorants infatués , thème qu'on retrouve dans " le malade imaginaire ."
Le médecin :
Mangez-vous bien , Monsieur ?
Pourceaugnac :
Oui , et bois encore mieux .
Le médecin :
Tant pis . Cette grande appétition du froid et de l' humide est une indication de la chaleur et de la sécheresse qui est au-dedans . Dormez-vous fort ?
Pourceaugnac :
Oui , quand j' ai bien soupé .
Le médecin :
Faites-vous des songes ?
Pourceaugnac :
Quelquefois .
Le médecin :
De quelle nature sont-ils ?
Pourceaugnac :
De la nature des songes . Quelle diable de conversation est-ce là ?... ( Pourceaugnac ne sait pas que son interlocuteur est un médecin )
Le médecin :
Un peu de patience : nous allons raisonner sur votre affaire devant vous ; et nous le ferons en français pour être plus intelligibles .
Pourceaugnac :
Quel grand raisonnement faut-il pour manger un morceau ?
Le médecin ( à son confrère ) :
...Je dis donc , Monsieur , avec votre permission , que notre malade ici présent est malheureusement attaqué , affecté , possédé , travaillé de cette sorte de folie que nous nommons fort bien mélancolie hypocondriaque , espèce de folie très fâcheuse , et qui ne demande pas moins qu' un Esculape comme vous , consommé dans notre art ; vous , dis-je , qui avez blanchi sous le harnais , et auquel il en a tant passé par les mains de toutes les façons. Je l' appelle mélancolie hypocondriaque pour la distinguer des deux autres ; car le célèbre Galien établit doctement, à son ordinaire , trois espèces de cette maladie que nous nommons mélancolie , ainsi appelée non seulement par les latins , mais encore par les Grecs , ce qui est bien à remarquer pour notre affaire : la première , qui vient du propre vice du cerveau ; la seconde , qui vient de tout le sang fait et rendu atrabilaire ; la troisième , appelée hypocondriaque , qui est la nôtre , laquelle procède du vice de quelque partie du bas-ventre , et de la région inférieure , mais particulièrement de la rate , dont la chaleur et l' inflammation portent au cerveau de notre malade beaucoup de fuligines ( = fumées ) épaisses et crasses dont la vapeur noire et maligne cause dépravation aux fonctions de la faculté princesse , et fait la maladie dont , par notre raisonnement , il est manifestement atteint et convaincu . Qu' ainsi soit , pour diagnostic incontestable de ce que je dis , vous n' avez qu' à considérer ce grand sérieux que vous voyez , cette tristesse accompagnée de crainte et de défiance , signes pathognomoniques et individuels de cette maladie , si bien marqués chez le divin vieillard Hippocrate ; cette physionomie , ces yeux rouges et hagards , cette grande barbe , cette habitude ( = constitution ) du corps menue , grêle , noire et velue ...Premièrement , pour remédier à cette pléthore obturante , et à cette cacochymie ( humeurs viciées ) luxuriante par tout le corps , je suis d' avis qu' il soit phlébotomisé ( = saigné ) libéralement , c' est à dire que les saignées soient fréquentes et plantureuses , en premier lieu de la basilique , puis de la céphalique , et même , si le mal est opiniâtre , de lui ouvrir la veine du front , et que l' ouverture soit large , afin que le gros sang puisse sortir ; et en même temps , de le purger , désopiler et évacuer par purgatifs propres et convenables , c' est à dire par cholagogues , mélanogogues , et coetera ... Mais avant toute chose , je trouve qu' il est bon de le réjouir par agréables conversations , chants , et instruments de musique ; à quoi il n' y a pas d' inconvénient de joindre des danseurs , afin que leurs mouvements , disposition et agilité , puissent exciter et réveiller la paresse de ses esprits engourdis , qui occasionne l' épaisseur de son sang , d' où procède la maladie . Voilà les remèdes que j' imagine , auxquels pourront être ajoutés beaucoup d' autres meilleurs par Monsieur notre maître et ancien , suivant l' expérience , jugement , lumière et suffisance qu' il s' est acquis dans notre art .Dixi. ( = j'ai dit )
Second médecin :
A Dieu ne plaise , Monsieur , qu' il me tombe en pensée d' ajouter rien à ce que vous venez de dire ! Vous avez si bien discouru sur tous les signes , les symptômes et les causes de la maladie de Monsieur ; le raisonnement que vous en avez fait est si docte et si beau , qu' il est impossible qu' il ne soit pas fou et mélancolique hypocondriaque ; et , quand il ne le serait pas , il faudrait qu' il le devînt pour la beauté des choses que vous avez dites et la justesse du raisonnement que vous avez fait ... Et il ne me reste rien ici que de féliciter Monsieur d' être tombé entre vos mains , et de lui dire qu' il est trop heureux d' être fou pour éprouver l' efficace et la douceur des remèdes que vous avez si judicieusement proposés ..."
bien sur Pourceaugnac ne va pas être d' accord du tout et , pour échapper aux saignées qu' on veut lui faire de force va s' enfuir au milieu des spectateurs , poursuivi par les apothicaires .
Liens : http://www.multimania.com/moliere/ sa vie ses oeuvres
http://tulipe.cnam.fr/ABU/BIB/auteurs/moliere.html divers textes
http://www.tokolos.demon.co.uk/research/moliere.htm tres grand nombre de pièces biling
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