Zora

Qu' elles étaient belles ces vacances au pays de papa !
Zora en garde au coeur un souvenir ébloui
Quand le ciel ici est trop gris , quand elle meurt d' ennui ,
Elle rêve en fermant doucement les yeux
Aux paysages dorés comme du miel ,
A ses cousins et à leurs jeux ,
A ses courses , bras nus , avec eux , dans les ruelles ,
A leurs rires , leur fierté : là-bas ils sont chez eux ,
Personne ne les traite de beurs ni d' autres mots ,
Là-bas ils ne se sentent pas de trop .
.
Zora a eu treize ans : comme elle a grandi !
De retour au pays elle trouve les coeurs durcis .
Cette fois la joie n' y est pas : la peur l ' a muselée .
Ses cousines sous leur voile gardent les yeux baissés .
Zora ne peut plus sortir comme autrefois
Si un de ses cousins ne l' accompagne pas ,
Elle aussi doit sous un voile étouffer
Alors que le soleil a une force d' acier .
Elle pense à ses voisines en short et jupettes
Qui vont à la piscine pour faire " bronzette " .
Elle se dit que finalement elle a de la chance
D' être venue habiter en France .
Chez elle elle peut aller au lycée ,
Un jour elle aura un métier ,
Et personne ne la forcera
A quoi que ce soit .
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Depuis leur retour son père a changé :
Il est devenu dur et froid ainsi que ses frères .
Hier ils ont fêté son anniversaire :
Dans son papier cadeau , un foulard plié !
Zora , les larmes aux yeux , a voulu se rebeller .
De l' envoyer là-bas son père l' a menacée
Avec mariage forcé par-dessus le marché .
Zora a pleuré une partie de la nuit
Mais elle est sage et elle sait que pour sa survie
elle n' a pas le choix , elle doit se plier .
Elle doit faire semblant , pour se protéger ,
Sachant que ses frères vont la surveiller .
Plus que jamais elle se raccroche à cette idée : tenir !
Et plus tard , gagner sa vie , se libérer !
Elle n' a pu passer le portail du lycée sans frémir :
De honte , de peur : elle se sent dévisagée ;
Elle ne peut rien dire : qui la comprendrait ?
Elle se tait et se répète : tenir et un jour se libérer ,
Bien travailler , avoir un métier ,
Faire semblant chez moi , pour avoir la paix .
Elle regarde sa classe à la dérobée
Et s' y sent chez elle comme jamais .
Son salut lui viendra des Français
Qui ont écrit les Droits de l' Homme et
Se sont battus pour la liberté .
Elle s' accroche à son rêve , c' est tout ce qui lui reste .
Mais voilà que le prof entre et crie comme peste !
Dans son silence obligé , elle se voit renvoyée .
Elle ne comprends pas , elle est bouleversée .
Le monde autour d' elle n' en finit plus de tournoyer .
Elle est comme une île dans un étau broyée
Au milieu d' une mer d' indifférence et de liberté .
PS : je tiens à dire que je ne parle pas ici de l' Islam que je respecte ( j' ai moi-même lu le Coran )
mais que je lance un cri contre la dureté des intégrismes de toutes sortes , qui font de l' être humain ( crée par Dieu libre et à son image ) un objet pur et simple .
Je respecte aussi les femmes qui se voilent elles-mêmes ; mais je saigne pour celles qui y sont forcées .
J' ai voulu aussi dire aux enseignants : quand vous renvoyez du lycée une adolescente parce qu' elle porte un foulard , vous lui fermez sa seule chance de se libérer , vous ajoutez un enfermement au premier .
© JoelleBarn , 18/11/2000 .
fond et boutons persos .
Bravo et merci Joelle pour cet émouvant témoignage en faveur des femmes et des jeunes filles islamistes. J'espère que beaucoup d'enseignants le liront et comprendront leur erreur ! M.
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